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PHILIPPE BOURDIN

À la recherche de Graziella

L'amène Procida inspire les écrivains. Elsa Morante s’y retire loin des clameurs romaines, à la Pensione Eldorado, pour donner L’Ile d’Arturo. Mais surtout Procida est intimement liée à Alphonse de Lamartine qui a l’intuition d’y situer la touchante histoire de Graziella.

Graziella

Œuvre des plus populaires et des plus lues de la littérature française, Graziella conte la chaste idylle que vécurent Lamartine et cette humble jeune fille parée de toutes les vertus du cœur. Nous sommes en 1812. Après tant d’autres, Lamartine effectue l’initiatique pèlerinage artistique et littéraire italien. Il est pris dans le vertige de Naples et succombe à ses charmes… Abandonnée par l’écrivain, une brunette d’une délicatesse peu commune mourra de désespoir d’amour. On peut invoquer une certaine sensiblerie. C’était toutefois l’époque où « l’union des âmes naissait d’un simple échange de regards ». Avec la mort comme inévitable issue, elle survivait par le culte du souvenir. Dans cette transfiguration, dans cette exaltation, la disparue n’en était que mieux idéalisée. En embellissant ses années de jeunesse, en faisant revivre « la lune de miel de son adolescence », Lamartine va prendre des libertés avec l’exactitude et la réalité que nous ne connaîtrons que récemment grâce au chercheur exégète Abel Verdier. Car il n’y a jamais eu de Graziella mais une Mariantonia - Antoniella Iacomino ! Cette fille de Resina, la ville qui couvre Herculanum, fut la maîtresse de Lamartine et mourra prématurément à vingt-deux ans le 31 mai 1816. Graziella, un mirage ! Qu’importe. Cette inoubliable figure est devenue le symbole de l’amour « pur comme l’innocence » et de la fidélité.
Des bateaux et même l’un des bars de la Marina Corricella où furent tournées certaines scènes du poétique film Il Postino (Le Facteur) portent son nom. A Terra Murata, un musée, La casa di Graziella au deuxième étage du Palazzo della Cultura, a pour but de préserver et de transmettre l’histoire de Procida à travers le mythe de Graziella. Son entrée est libre et ses terrasses offrent de magnifiques vues panoramiques (Tél. 00 39/333 3739076). Ce que l’imagination a créé, elle est en droit de le ressusciter. Graziella, cette « fleur de la mer et fille du feu », est immortelle.

Site mis à jour le 17 juillet 2017
24 octobre 2017