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PHILIPPE BOURDIN

Roma

Sujet inépuisable, Rome est un étourdissant théâtre où vingt-huit siècles d’histoire complexe ne s’excluent pas mais s’agglomèrent. Ce mélange incroyable autant qu’harmonieux contribue à en faire une destination privilégiée.

Rome est un vertige où il faut séjourner longtemps pour en apprécier les innombrables aspects. Septembre voire même octobre se prêtent à un week-end prolongé. Aux circuits et images rebattus, préférons les chemins de traverse. Se promener dans Rome est un art qui perdure. Les heures les meilleures sont celles de la matinée (ah ! la piazza Navona, le « cœur » du Centro storico, au petit matin, vidée de ses touristes) ou au soleil couchant, quand du Capitole le regard embrasse les Forums Impériaux et leurs marbres comme illuminés, là où s’est décidé jadis le destin du monde civilisé. Il arrive encore aujourd’hui de flâner dans des oasis de paix et de sérénité, comme si la ville s’était évaporée. L’impression est insolite, brève certes, mais elle possède une saveur de prodige. Ainsi l’Aventin, l’une des sept collines de Rome. Un quartier résidentiel abritant de nombreux établissements religieux. Du Circo Massimo, il faut monter jusqu’à la solennelle église de Sainte-Sabine. Sa porte d’entrée date du Ve siècle et est constituée de dix-huit panneaux. Celui en haut à gauche montre l’une des toutes premières représentations de la Crucifixion. Cernant l’abside de Sainte-Sabine, le délicieux Giardino degli aranci (Le jardin des orangers) surplombe le Tibre et la Ville Eternelle. Un coup d’œil indiscret par le trou de la serrure du portail du 3 de la Place des Chevaliers de Malte met en perspective la coupole de Saint-Pierre au fond d’une allée. Un effet du délirant Piranese.
La descente s’effectue par la via di Porta Lavernale. Le calme fait place à l’agitation populaire du Testaccio. Ce quartier ouvrier mais aussi ancien quartier des bouchers redore son blason au point même de devenir l’un des lieux branchés de Rome (au même titre que San Lorenzo, fief des étudiants). La nuit, les bars de la via Galvani, celle qui mène aux abattoirs désaffectés en 1973 puis récemment réhabilités en Musée d’Art Contemporain très expérimental (MACRO al Mattatoio), ne désemplissent pas. Le visiteur déjeûnera chez Volpetti Più, une tavola calda (l’équivalent d’un snack) qui jouxte le fameux épicier-traiteur Volpetti (47 via Marmorata). Ici pas de touriste, que des romains, principalement des employés de bureaux.
Un coup d’œil à la Pyramide à l’ombre de laquelle s’étend le poétique cimetière « non-catholique pour les étrangers » où sont ensevelis Shelley et Keats.
Située 106 Via Ostiense, à trois arrêts du bus 23 ou 271, la scénographique Centrale Montemartini est un autre exemple, vraiment réussi, de reconversion en musée d’un édifice industriel, thermo-électrique en l’occurrence. Les machines et les dieux ! Un étourdissant télescopage esthétique puisque des moteurs Diesel, des centrifugeuses ou encore des turbines à vapeur servent d’écrin aux statues antiques des musées Capitolins.

Rome 2
(Photo : Marie-Thérèse Baray)

Autre destination: le fameux Trastevere. Quartier subverti ? de populaire, il est devenu bobo et connaît un destin similaire à notre Bastille puisque dès la tombée du jour et jusqu’à tard dans la nuit s’y déploie une animation fiévreuse. Le matin, dans ce dédale de ruelles pavées des typiques sampietrini en voie de disparition, maudits des motocyclistes et des femmes en talons hauts, on respire encore son charme pittoresque. Sans vous conduire à faire un circuit des églises, trois ici valent le détour. Commençons par la basilique Sainte-Cécile où repose la dépouille décapitée de la patronne des musiciens. Son corps miraculeusement conservé inspira la délicate sculpture couchée sous l’autel. L’église San Francesco a Ripa abrite la statue de la Bienheureuse Ludovica Albertoni, l’un des dernieres œuvres de l’inépuisable Bernin. Quelle sensualité dans cette extase mystique ! * Au sanctuaire, un frère franciscain vous montrera la roche qui servit d’oreiller au saint ainsi qu’un surprenant reliquaire qu’il actionnera. La place Santa Maria in Trastevere se rejoint par la via S. Francesco a Ripa. Dans la basilique éponyme, la couleur et la vigueur des mosaïques médiévales du choeur ne seront dépassées que par Giotto. Cette promenade conduit à l’harmonieuse villa Farnesina, joyau de la Renaissance qui ferme malheureusement à 13h (230 via della Lungara). Raphaël et ses élèves en ont brossé la foisonnante décoration de ses pièces. Les exigences spirituelles satisfaites, on appréciera la cuisine maison d’une trattoria sans prétention fréquentée par les Trasteverins : Mario’s (53/55 via del Moro).
Rome évolue et fait même preuve d’audace, sachant créer un lien entre son passé et son futur. Longtemps au centre des polémiques, la nouvelle cité de la musique, l’Auditorium Parco della Musica, est le plus grand complexe multifonctionnel d’Europe (30 viale Pietro di Coubertin, dans le quartier Flaminio). Projet « zoomorphique » de Renzo Piano, ses trois salles de concert indépendantes ressemblent à d’insolites scarabées. Le musée de l’Ara Pacis enveloppe le monument célébrant Auguste qui avait rétabli la paix dans l’Empire. Les Romains ont vite adopté cette structure de verre, d’acier et de travertin (Lungotevere in Augusta, à deux pas de la piazza del Popolo). Heureuse initiative, le projet « Grand Capitole » entraîna l’agrandissement et la réorganisation des si riches collections des Musées Capitolins. L’exèdre moderne de Marc-Aurèle est une admirable mise en valeur qui n’a rien de choquant.

Rome 1
(Photo : Marie-Thérèse Baray)

La lumière naturelle inonde la grande statue équestre de l’empereur tant aimé ainsi qu’un Hercule en bronze doré, des fragments du colosse en bronze de Constantin et le symbole de la ville, la Louve, au cœur des débats. Une très sérieuse hypothèse démontre qu’elle ne serait peut-être plus d’origine étrusque mais qu’elle remonterait au Moyen Age, Romulus et Remus ayant été ajoutés à la Renaissance (1 piazza del Campidoglio) ! La terrasse du bar, l'une des plus belles de Rome, offre au visiteur un panorama suggestif de la capitale et de ses coupoles.
La vision du Colisée est un choc toujours renouvelé. Tout près, en passant par la vieille basilique de San Clemente ornée d’étincelantes mosaïques, on montera jusqu’à l’église des Quatre Saints Couronnés, un couvent médiéval fortifié dont le cloître est peut-être l’un des plus beaux de Rome. Si l’on traverse l'agréable parc de la Villa Celimontana, on débouche sur la basilique des Ss. Giovanni e Paolo au campanile médiéval. L’intérêt réside ici dans le sous-sol auquel on accède en descendant l’une des plus anciennes ruelles de Rome, le Clivo di Scauro. A droite après les arches, les Maisons Romaines – en l’occurrence vingt pièces en partie couvertes de fresques et disposées sur plusieurs niveaux – ont été sorties du mystère et réouvertes au public en janvier 2002 (entre 10 et 13h et 15 et 18h – fermé les mardi et mercredi).
Et ne partez pas sans accomplir le rite traditionnel et persistant de jeter une pièce de monnaie dans la Fontaine de Trevi, le dos tourné à la large vasque baroque, afin d’avoir la certitude de retourner à Rome … Vous ferez même une bonne action puisque l’argent récupéré par la municipalité (900 000€ chaque année) ira à des œuvres de charité.

* A ce sujet, c’est à la lumière de l’après-midi qu’il est préférable d’admirer la sublime Extase de Sainte-Thérèse d’Avila, autre chef-d’œuvre baroque du Bernin, dans l’église Sainte-Marie de la Victoire non loin de la piazza della Repubblica.

Infos pratiques
Les musées, nombreux et épars, sont fermés le lundi.
Il est recommandé d’acheter Romac’è, l’équivalent de nos Pariscope ou L’officiel des spectacles. Paraissant le mercredi, il vous guidera dans vos choix d’autant que la vie artistique nocturne sort de sa léthargie.
Deux lignes de métro simplifient les déplacements. Valable trois jours, le Biglietto Turistico Integrato (BTI) permet d’emprunter tous les modes de transport. Il s’achète 11€ dans les tabacs, les kiosques ou les stations de métro. Pour un séjour plus long, il est préférable de prendre la Carta Integrata Settimanale (CIS) à 16€.

Site mis à jour le 17 juillet 2017
21 août 2017