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PHILIPPE BOURDIN

Procida, un jardin sur la mer

Propice à la contemplation et au ressourcement, la plus petite des îles napolitaines, celle qui n’est pas dénaturée, séduit par sa douceur ineffable et son authenticité. Monde à part, comme oublié, c'est une destination privilégiée, secrète.
Avec sa route principale se ramifiant en de petits chemins, flâner dans la candide Procida ne signifie pas seulement en découvrir les lieux typiques, mais remonter le temps qui ne s’est pas encore contracté. Image de carte postale imprégnant puissamment l’esprit du visiteur, un climat certain se dégage de Terra Murata, le centre historique, ou du petit port de la Corricella, cet amphithéâtre sur la mer où maisons et barques se chauffent au soleil.

D’origine volcanique, on peut considérer l’île comme le prolongement sur la mer de la zone tourmentée des Champs Phlégréens. Procida (et son îlot Vivara - actuellement fermé - avec lequel elle ne faisait qu’un en des temps reculés), déjà habitée au néolithique, fut colonisée par les Grecs durant l’Antiquité.
Depuis, les morsures du vent et le ressac ont érodé le tuf des côtes, modifiant inexorablement la topographie d’un paysage aux cinq cratères affaissés dominé par cette Terra Murata, sa forteresse aragonaise (hélas en complet abandon) et un pénitencier désaffecté en 1988. Exposée aux féroces incursions barbaresque, Procida s’est murée dans sa beauté primitive. Les pittoresques maisons rustiques du bord de mer, aux polychromies pastel et aux escaliers extérieurs, sont blotties les unes contre les autres, alors que les ruelles passent sous des arcades mauresques. Cet enchevêtrement caractéristique, qui demeure l’un des rares exemples de la beauté méditerranéenne, tend à perdre sa capacité d’organiser la vie sociale communautaire. Et quand bien même le silence séculaire a définitivement fait place au carrousel bourdonnant des vespas sur les blocs de lave, Procida semble défier le temps. Elle résiste à la confusion des valeurs et la vie s'y déroule tranquillement. Son patrimoine historique et culturel, unique, a néanmoins besoin d'une attention constante et ne demande qu'à être valorisé.

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(Photo : Marie-Thérèse Baray)

Marins par excellence (ils furent même des armateurs renommés), les Procitains ont sillonné les mers du globe. Avec une navigation en crise, l’embarquement peut-il encore apparaître comme le débouché naturel ? On se suffit laborieusement avec la pêche et l’agriculture. N’aimant pas faire parler de soi, on ne semble guère intéressé à voir de nouveaux visages. Bienfait et/ou limite ? La vie s’écoule dans le culte nullement nostalgique de traditions conservées presque jalousement. Elles ont pour origine la mer, avec son pouvoir d’évocation magique mais aussi ses dangers, avec la beauté païenne de ses rites et l’attente anxieuse des femmes. La vie au contact de la nature inspire aux insulaires un profond sentiment religieux qui s’exprime dans des fêtes d’une intense spiritualité. Organisée par la congrégation des Turchini dès 1629, la solennelle cérémonie du Vendredi Saint est un rendez-vous des plus spectaculaires. Lors de cette procession, mysticisme et spiritualité s’expriment au travers d’une imagination débridée dans la représentation des « mystères » - les représentations scéniques de la vie du Christ. Dans un autre genre, l’élection de Miss Graziella lors des trois jours de la Sagra del Mare (dernière semaine de juillet) donne lieu à un défilé en costumes traditionnels attestant la pérennité du mythe lamartinien.

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(Photo : Marie-Thérèse Baray)

Procida est assez petite (3,75 km2 de superficie) pour se parcourir à pied, même si quatre lignes de bus facilitent les déplacements. Il est chaleureusement conseillé de monter à Terra Murata pour les panoramas et surtout pour y visiter l’Abbazia di San Michele Arcangelo, le saint patron protecteur de l’île. Mille ans d’histoire, de foi, de dévotion et d’art s’accumulent dans ce lieu de culte et dans son musée souterrain. Et faites-vous traduire les commentaires pour le moins ironiques des billets que le monsignor local a disséminés aux quatre coins de l’église.
Quand on vagabonde dans cette île envahie du parfum des savoureux et juteux citrons, il faut franchir les porches entrouverts sur des vergers enchanteurs dont certains tombent à pic sur la mer. Procida s’apprécie également pour ses plages de sable noir. A celle allongée de Ciracciello et à ses divers équipements balnéaires, où l’on se restaure de poisson frais ou de pizza, on peut préférer la plus secrète et tranquille de Pozzo Vecchio ; les épris d’intimité romantique passeront sportivement les rochers à droite pour accéder à la Spiaggetta degli innamorati... Procida est une oasis poétique.

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(Photo : Marie-Thérèse Baray)

Accès depuis Naples (Molo Beverello et Calata di Porta di Massa) ou Pozzuoli. Le ferry est préférable à l’hydroglisseur, plus rapide certes mais qui ne permet pas d’admirer la baie de Naples en lézardant une heure sur le pont. Forte des exemples calamiteux et vulgaires de Capri et Ischia, Procida ne saute guère sur le (rare) touriste. Ses structures d’accueil sont relativement modestes. On en fera une visite virtuelle sur le Net, par exemple sur Il portale dell’isola. Un appartement peut se louer à la semaine en passant par l’agence Island Tour (Tél. 00 39/081 896 95 94 ou www.isoladiprocida.it); je recommande chaleureusement la Casa Emiliana sur le petit port comme hors du temps de la Corricella.
Les bons restaurants ne manquent pas. J’ai un petit faible pour la table familiale, très abordable, du Bar Giorgio tenu par le sympathique et délicat Enzo (Via Roma, 36/38 sur la Marina Grande).
A la Corricella, les terrasses sans prétention des bars-restaurants Maestrale et Graziella sont incontournables. Le premier, un tantinet plus élaboré, est tenu par l'adorable et cultivée Rosanna. Elle ne ménage pas ses efforts pour mieux nous faire saisir et apprécier son île. Le second est dirigé par un autre Enzo, homme de bon conseil, qui se fera un plaisir de répondre à votre curiosité.

Site mis à jour le 17 juillet 2017
21 août 2017